Les insouciants : France de Griessen, à coeur ouvert

 « Je fais quelque chose vraiment avec toute mon âme, ma façon de voir. Et maintenant s’il y a de gens à qui ça ne plait pas, tant pis. » 

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Il y a quelques semaines nous vous annoncions France de Griessen en première partie d’Indochine pour la quasi-totalité des dates du Black City Tour 3, Klink Clock assurant la date de Douai. A cette occasion nous sommes allés à la rencontre de France au Zénith de Dijon le samedi 15 mars.

 

Les Insouciants : A notre première écoute de Saint Sebastien nous avons eu l’impression qu’il était taillé pour le live, l’as-tu écrit dans cette optique ?

France de Griessen : C’est une bonne question ! En fait je ne conçois pas spécialement mes albums de cette façon-là, à savoir que ce qui fait que je fais des chansons, que je compose, et que j’écris c’est vraiment, on va dire, la vie que je vis qui m’inspire des choses. C’est pas que tout ce que j’écris est strictement autobiographique mais en fait c’est ce que je vis qui va déclencher différentes choses que je vais vouloir exprimer. Je compose les morceaux en guitare voix ou en auto harpe et voix donc c’est déjà par essence fait pour être jouer devant des gens, puisque moi je ne travaille pas du tout avec un ordinateur ou des séquences dans la phase initiales de composition. Donc tous mes morceaux en fait au départ peuvent être jouer juste comme ça en face de quelqu’un. Du coup on peut dire que oui, quelque part ils sont fait pour le live dès le départ c’est vrai. Après il y a le travail qu’on fait avec Shanka (co-compositeur,réalisateur, mixeur, musicien et chœurs sur l’album) aussi, où on co-compose et ensuite on travaille les morceaux, et là, certains vont avoir quelques arrangements plus spécifiques  suivant le type de salle où l’on joue, si ça va être très intimiste ou si ça va être une très grande salle, auquel cas ce sera en fonction. Mais moi j’aime avant toute chose la musique que l’on peut faire directement en face des gens, et je crois que la réponse est définitivement oui en fait ! (rires)

 

Alors qu’on connait ton amour pour les pigeons, l’album nous offre un titre fort et en français, Les Oiseaux. Quelles ont été les circonstances d’écriture de ce texte ?

Je l’ai fait comme un certain nombre de chose que je fais, c’est à dire d’une traite. Il y avait une histoire qui tournait dans ma tête depuis plusieurs mois et parfois j’écrivais des petites choses dessus comme ça. Donc c’est l’histoire d’un pigeon justement, car voilà,  je sauve les pigeons. J’en avais trouvé un en bas d’un immeuble à Paris qui avait la gorge complètement coupée et il y avait vraiment le sang noirci en fait qui coulait. Il n’était pas mort mais était évidemment en bien mauvais état, donc tout de suite, quand j’ai vu ça je l’ai pris, puis je l’ai mis dans une petite boite que je suis allée demander au supermarché avec mon oiseau sanglant caché sous ma veste. Je l’ai amené à la société protectrice des oiseaux des villes qui se trouve à Châtillon. Pendant tout le trajet qui était assez long, métro, bus, marche, j’ai parlé tout le temps à l’oiseau, parce que je me disais qu’il devait être vraiment… enfin voilà c’est difficile ! Je parle aux animaux tout le temps, et en fait je pense que les gens qui ne connaissent pas bien les pigeons vont dire que ce sont des rats volants. Ce sont vraiment des idées reçues parce que très vite ce sont des animaux avec qui on peut établir beaucoup de communications. Donc je lui parlais. Je lui caressais sa petite tête et puis il me regardait comme ça (Mime la tête du pigeon). Un moment donné, j’étais dans le bus et j’avais vraiment les larmes aux yeux car je me disais, « quel petit être courageux ». Je trouvais ça incroyable. Je l’ai apporté, malheureusement  il est mort. Il a passé la nuit au chaud là bas, mais la blessure était trop importante malgré le vétérinaire et les soins, il devait être là depuis trop longtemps avec la blessure. Mais je suis contente d’avoir pu lui éviter une nuit dehors dans le froid avec sa blessure, d’être au moins soigné et d’avoir un médicament pour qu’il n’ait pas mal.Ça m’a beaucoup marqué. Après je me suis toujours dis que je voudrais faire une chanson pour cet oiseau, donc c’est une chanson pour un pigeon Les oiseaux. Et ça parle aussi d’amour, ça fait parti de la vie. Chaque fois que je la fais je pense à lui et à tous ses frères et sœurs de plumes.

 Faire un genre d’intermède, c’est parti de là, et puis du talent de guitariste de Shanka. J’étais contente aussi de pouvoir le mettre en avant dans ce passage là !

 

D’ailleurs alors que tes précédents albums n’en comportent pas, on a pu apprécier un instrumental, Guitar Decay sur Saint Sébastien, comment est-il né ?

Alors en fait l’atmosphère de cet album c’est aussi parti de toute ma culture cinématographique, notamment dans le genre que j’apprécie beaucoup les Giallos. Ce sont des films Italiens à petits budgets qui mélangent films d’horreur et films policiers et leur particularité c’est que c’est très imaginatif. ce sont des petites productions à partir de rien du tout mais ils font des effets vraiment effrayants avec des petites lampes, des choses en papier mâché. Des fois c’est un peu pornographique, un peu érotique en même temps, mais moi je trouve ça très punk cette façon de faire  du cinéma. Et y a toujours des musiques que j’adore dedans. Il y a beaucoup de musiques instrumentales, et sur ce disque, comme sur les précédents d’ailleurs,  je travaille avec Shanka et je sais pas, on c’est dit « c’est bien d’avoir un morceau qui va se trouver au milieu  de l’album, qui sera une exploration instrumentale vraiment » et puis faire un genre d’intermède, c’est parti de là, et puis du talent de guitariste de Shanka. J’étais contente aussi de pouvoir le mettre en avant dans ce passage là, voilà.

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Tu as utilisé plusieurs micros lors de ta  session d’enregistrement, comment vas-tu retranscrire cela en live afin de garder le même « grain » ?

(Elle hésite ) Comment je retranscris l’usage de plusieurs micros ? Alors en live on a qu’un seul micro donc après il y a différents effets sur les instruments avec des pédales puis pour la voix j’ai un ingé son, Mazarin (qui s’occupe aussi de  The Dukes, Kamel étant aux lumières et prenant des photos durant l’interview). Avec la console on essaie de retrouver des choses proches. Ce ne sera jamais exactement la même chose, mais on essaie de retrouver l’état d’esprit, sachant que moi mon but ce n’est pas de rejouer exactement à la seconde près mon album sur scène parce que sinon autant écouter le disque chez soi. Même quand on transforme une chanson pour en faire une version acoustique, une version avec un violon, je pars toujours de l’intention et je cherche comment rester avec cette intention, et l’essence de la chanson veut avec les moyens qu’on a, d’ arriver à exprimer ce qui est essentiel dedans, donc c’est le travail que l’on fait avec le live.

Je dirais que c’est le type de coup de chance qu’on peut avoir quand on sait ce qu’on fait.

Tu t’es rendues aux Studios G pour l’enregistrement, pourquoi avoir fait ce choix plutôt qu’un autre ?

Pour plusieurs raisons en fait finalement. D’abord il y avait ce besoin de l’album qui nécessitait un certain type de texture, et de matériel, donc, le choix du studio  n’est pas du tout quelque chose de juste technique. Ça fait vraiment parti d’un choix artistique puisque c’est avec tel ou tel équipement qu’on va pouvoir avoir tel ou tel son ou type d’atmosphère. Nous on cherchait un équipement assez vintage et à ce moment là, Shanka avait travaillé sur la tournée d’Indochine et rencontré Alexis Berthelot qui travaille au Studio G. Tout ça c’est fait très naturellement parce que ça convenait parfaitement comme endroit. Enfin, la connexion des fois c’est les choses du hasard qui fonctionnent super et puis moi j’ai eu envie de rencontrer Alexis, on a discuté un peu, toute de suite on a vu que ça fonctionnait bien, le studio collait, il était libre. Puis, sur place, Alexis était vraiment la personne de la situation, puisqu’il proposait de manière très créative beaucoup de chose aussi, tout en respectant entièrement l’intégrité artistique du projet. Je dirais que c’est le type de coup de chance qu’on peut avoir quand on sait ce qu’on fait.

 

L’enregistrement à l’étranger t’a t’il donné des idées ?

Plus que des idées je pense que c’est des sensations. Là où l’on est, ça a toujours des influences. Moi j’appréhendais naturellement, même si sur le papier tout était parfait, le premier jour d’enregistrement parce que je me disais « est ce que je vais me sentir bien dans cet endroit, est ce que je vais pouvoir bien bouger tous mes membres comme j’en ai besoin quand je chante, que j’enregistre, est ce que la lumière va aller bien avec… » c’est pleins de petites choses comme ça. Et puis dès que j’y ai mis les pieds, ça a été le coup de cœur, ça a fonctionné. Ça a surement joué d’une façon ou d’une autre, je ne saurais pas vraiment l’expliquer mais j’adore les choses quand ce n’est pas expliqué.

 

En parlant d’Indochine justement, on sait leur public ouvert aux découvertes mais souvent très critique et difficile à satisfaire, comment appréhendes-tu le show de ce soir après avoir eu un avant-goût du public belge ?

Alors moi en fait je pars du principe que quelque soit les circonstances, que ce soit en première partie, qu’on fasse un concert classique, ou en festival – sachant qu’en première partie c’est exacerbé par le fait que les gens ne viennent pas pour vous au départ, sachant que certains ont tout à fait hâte avant tout de voir le groupe pour lequel ils sont venus, qu’ils ont pas forcément envie d’entendre quelque chose avant – ,  je me suis toujours dit qu’on ne peut pas plaire à tout le monde donc je suis sereine avec ça. Comme tout le monde je crois, peut-être qu’il y en a qui ont pas, mais bien sûr j’ai le trac avant de monter sur scène. Par contre, je n’ai pas peur parce que je fais quelque chose vraiment avec toute mon âme, ma façon de voir. Et maintenant s’il y a de gens à qui ça ne plait pas, tant pis ! Enfin voilà, c’est que quelque part on est pas fait pour se rencontrer, y a pas de drame là dedans. C’est plus agréable quand ça se passe bien c’est sûr, c’est toujours plus chouette. Mais je dirais que de ce coté là, je suis face à toutes éventualités, ça va en fait. Je suis cool. (rires)

 Mon école de formation c’est vraiment le punk. C’est le « Do it yourself », donc c’est un réflexe assez naturel de dire « si on fait un concert je vais faire une affiche ». J’ai toujours mélangé les différents moyens d’expressions, alors aujourd’hui je fais aussi pas mal d’expositions de mes dessins et de mes aquarelles.

En parallèle à la musique tu travailles également sur l’esthétique de tes albums en y incluant tes aquarelles, est-ce un moyen d’élargir ton univers auprès de tes auditeurs ?

Oui, effectivement dans le livret de l’album on retrouve les dessins et les textes écrits à la main. Dans celui là, mais dans les précédents aussi. On va dire que mon école de formation c’est vraiment le punk. C’est le « Do it yourself », donc c’est un réflexe assez naturel de dire « si on fait un concert je vais faire une affiche ». J’ai toujours mélangé les différents moyens d’expressions, alors aujourd’hui je fais aussi pas mal d’expositions de mes dessins et de mes aquarelles. Mais en tous cas jusqu’ici j’en ai toujours mis dans les disques. Au niveau des disques j’essaie de faire le plus beau possible donc là c’est un digipack, trois volets avec un livret de 20 pages, en couleur parce que j’aime les disques, j’aime en savoir plus sur les gens qui font la musique et je pense que même s’il n’y a plus de vinyle on peut retrouver du plaisir à avoir un bel objet même si on a pas forcément un boitier cristal. J’ai la chance de travailler avec Rue Stendhal qui voit les choses aussi de cette façon et qui permet aux artistes de s’exprimer à travers un objet qu’on fait le plus beau possible.

 

On a pu voir aussi que tu écris avec Fénuline ?

Oui ! (rires) Fénuline en fait c’est un petit conte pour les enfants et pour les adultes. C’est le livre que j’aurais aimé avoir quand j’étais petite donc j’ai décidé de le faire. C’est l’histoire d’une petite chauve-souris qui est rejetée par ses frères et sœurs parce qu’elle est différente et qui rencontre un musicien avec qui elle veut vivre des aventures sur la route. Pour le reste il faut acheter Fénuline pour savoir (rires). Mais j’ai toujours été, je dirais spontanément, depuis que je suis petite, attirée par la figure assez romantique et marginale de l’artiste. Je pense que ça me parle parce que je crois que c’est de cette famille là que je suis et dans Fénuline il y a évidemment ça qui s’exprime et je me suis dit que c’était bien qu’il y ait un petit conte comme ça pour les petits aussi, et puis pour les grand parce que vraiment ça ne s’adresse pas spécialement qu’aux petits.

 

On retrouve Benoît Lelièvre avec qui tu avais déjà collaboré (Ballerina) à la réalisation du « court-métrage » regroupant les titres Looking For Gold et Honey Lake, comment a été conçu le projet ? Est-il possible de vous voir de nouveaux travailler ensemble à l’avenir ?

On ne sait jamais. Pour l’instant  je ne sais pas pour la suite mais c’est quelqu’un avec qui j’aime énormément travailler parce que je trouve qu’il a une capacité à raconter des histoires justement avec un œil de cinéma plus que de clip.

 

Ça se voit en plus dans le court métrage !

Oui ! C’est pour cette raison aussi qu’on s’entend artistiquement très bien. Moi je serais ravie qu’on retravaille ensemble on verra. Là en l’occurrence c’était un gros projet puisque ça impliquait de se déplacer – tournage à Los Angeles -. Enfin il y avait pas mal de choses à mettre en place, mais voilà on a réussi à le faire et à faire cet objet qui est à mi-chemin entre un clip et un court-métrage, et qui contient deux chansons dans sa version finale.

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