Peter Peter : « Je voulais montrer que j’étais quelqu’un de vulnérable. »

« C’est une narration d’un an de ma vie à essayer d’attraper le bonheur puis de pas le trouver. »

Peter Peter

 

A l’occasion du Nancy Jazz Pulsation nous avons rencontré l’artiste Peter Peter, découvrez notre entretien :

Vous avez débuté votre carrière dans un groupe de métal / alternatif (Post-Scriptum) alors qu’aujourd’hui vous êtes complètement passé à autre chose. Est-ce suite à cette expérience que vous avez décidé d’écrire en français et changer de style musical ?

 Ça a été le battant pour moi cette musique là. Au début j’étais pas vraiment chanteur, j’écrivais de la poésie, et je ne jouais pas d’un instrument non plus. J’avais des amis qui étaient musiciens et qui avaient besoin d’un chanteur, ils savaient que j’écrivais des paroles alors on était tous dans ce band (groupe) là. Puis ils ont eu un virage un peu métal, j’étais dans le band donc j’ai vécu ça. J’ai jamais vraiment écouté de métal excepter peut être Megadeth, j’aime bien, je trouve ça drôle. Ça a été vraiment une école la musique, en fait j’ai commencé à 20/21 ans, avant je ne jouais pas de guitare quand j’étais adolescent et je ne chantais pas non plus. Pour moi ça a été mon initiation, je pense que je suis euh… tombé un peu amoureux de la musique. C’était de la camaraderie à travers ça, s’enfermer dans un sous sol avec des amis, de boire des bouteilles de vin puis faire de la musique pendant des heures,  et enfin sortir, entendre les oreilles sifflaient, tout ça fait que y eu ça. Puis à un moment donné j’en ai eu un peu marre parce qu’autant c’est la camaraderie qui m’a séduit à travers ce truc,  autant je suis quelqu’un de solitaire, et j’ai voulu retrouver ça, ce qui fait que… enfin c’est pour ça que je me serais pas vu avoir un band avec trop de gens. Surtout qu’on avait trop de différent sur des trucs, on était jeune, c’est pas un groupe qui allait quelque part non plus, mais pour nous c’était un peu une école.

A ce moment quand je suis parti seul, j’ai appris à gratter de la guitare seul, pour moi c’était ça de faire de la musique, c’était drôle de me bourrer la gueule mais quand vient le temps de partager des idées j’aime bien que ça aille du coté que je veux aller, avec un band je trouve que c’était un peu compliqué. J’avais peut-être pas trouvé à l’époque les bons comparses pour travailler. Sinon après ça je suis passé à quelque chose en guitare/voix, et les synthés tout ça sont arrivés dans les dernières années. Je sais pas ce qui m’a amené vers ça, c’est découvrir des trucs, je pense qu’à chaque album je vais intégrer de nouveaux trucs, ce qui me fascine. Là c’était la musique de film qui me fascinait un peu, de mettre des grosses nappes de synthé puis je trouvais ça cool, j’ai acheté des synthés, j’en ai vendu, puis j’en ai racheté pour avoir des synthés analogues des années 80, et justement dès que je plaquais un accord pour moi ça me rappelait comme plein de souvenirs mais par inconscient. Comme quand  tes parents t’assoient devant un film, puis que t’écoute le truc y a quelque chose qui te parait fascinant avec la trame sonore. C’est des synthés qui ont été utilisés dans ses années là pour faire des films que j’ai décidé d’intégrer à l’album, y a cette partie d’inconscience de quand j’étais enfant qui refait surface qui fait que je suis passé du métal à ça. (rires)

D’ailleurs, comment vous est venu votre nom de scène ?

J’ai décidé de doubler mon prénom en fait. Je n’imaginais pas depuis le début que j’ai commencé les arts, signer avec mon patronyme parce que c’était le nom de mon père, et je l’ai pas vraiment connu… Puis j’avais pas plus envie de mettre le nom de ma mère même si j’étais proche d’elle, j’avais envie de m’émanciper de la famille tout ça. Le nom doublé j’aimais la sonorité, et à l’époque y avait pas 15 OOO noms doublés, aujourd’hui y en a partout, ça c’est un peu plus lourd. On peut raconter ce qu’on veut mais en général c’est toujours un peu comment ça sonne, qu’on aime, peu importe les bonnes raisons si ça sonne mal je l’aurais pas utilisé ! 

Dans vos albums on ressent une certaine fragilité encrée dans l’être humain, est ce pour vous le moyen de vous exprimer ?

Ouai, je pense.  Y a l’écriture automatique aussi, mais je force jamais vraiment le sujet. Quand j’ai commencé Une Version Améliorée de la Tristesse, les premières chansons que j’écrivais, je me suis rendu compte que je racontais ce qui se passait autour de moi. J’ai pas forcé les trucs, c’est une narration d’un an de ma vie à essayer d’attraper le bonheur puis de pas le trouver. C’est sûr que pour moi c’est une façon d’évacuer l’anxiété je pense, quand j’arrête de le faire je deviens un peu fou. J’ai beaucoup d’anxiété quand je le passe pas à travers les arts, à travailler avec mon cerveau, avec les idées, à bâtir les idées, bah ça me rend fou. Donc j’imagine que c’est devenu un peu nécessaire, puis c’est sûr que c’est l’exutoire pour moi c’est comme pour beaucoup d’artistes, je suis pas le premier à faire ça ! Pour moi c’est devenu essentielle, c’est ma manière de m’exprimer … Tu sais des fois je vois où est ce que ça s’envoie, comment les gens parfois m’interprètent, j’ai pas essayer de faire une critique de ma génération, rien de ça, j’ai tout simplement raconté un peu, en parlant de l’alcool, les drogues, l’amour tout ça, y a pas de regard critique sur tout ça. C’est tout simplement là et puis on en fait ce qu’on veut.   

Vous parlez d’écriture automatique, procédez-vous seulement ainsi ?

Non, non mais je pense que c’est ce qui finit par arriver… Vu que la mélodie ça va toujours avant les paroles, les paroles finissent par apparaître d’elles-mêmes. C’est vrai que c’est rare que ça me soit arrivé de dire « Aujourd’hui je vais écrire une chanson sur… ». Bon peut-être parfois, les seules vraies motivations que j’ai eu dans le genre c’est quand j’ai voulu écrire une chanson pour une fille, c’est sûr, c’est souvent ça. (rires)

Mais même pour ça, je commence, je fais du yaourt, n’importe quoi, puis souvent les deux, trois premières phrases qui sortent parlent de ma vie. Je veux dire c’est mon cerveau qui accouche de ça un peu et après ça je construis, je le travaille, je suis pas un shaman, ça se fait pas comme ça, c’est ce que j’ai appris avec le temps sur l’écriture des chansons. Mais ouai, non je laisse toujours parler de ce que ma tête a envie de parler.  Finalement, le subconscient parle beaucoup hein… c’est sûr que l’écriture automatique parfois ça peut fonctionner… C’est pas nécessairement dans les rêves tout ça, c’est vraiment les émotions que je refoule que j’essaie de faire sortir à travers ça.

Une version Améliorée de la Tristesse a été réalisé à l’aide d’Emmanuel Ethier, était-ce une nouvelle expérience pour vous ou aviez vous pu travailler cet aspect de la fabrication d’un album avec Howard Bilerman sur le précédent ?

C’est arrivé un peu de la même façon en fait. Le premier album je suis arrivé puis le réalisateur m’a vraiment laissé faire ce que je voulais. C’était mon premier album et en gros il était là pour me tenir le micro, mais des fois il voyait que je devenais un peu fou puis comme il me laissait aller au bout de mes idées… Je suis pas certain que si je lui avais laissé ça entre les mains y aurait eu ça… mais lui son but c’était que je fasse un premier album où je me sentais libre, puis je l’apprécie comme ça. C’était quelque chose de plus documentaire le premier album. Je voulais qu’il sonne de la façon dont je voyais la musique à l’époque, c’est-à-dire dans les maladresses, dans tout ce qui arrive dans l’initiation à la musique. Je suis toujours un peu étonné, surtout pour un premier album, je trouve ça toujours bizarre quand un artiste s’entour de trop de monde, oui c’est un grand nom, mais en même temps j’ai fait ça sur du tape, juste de la bobine, donc je savais sur certains points que j’allais me planter sur des chansons mais qui aller avoir quand même une loi de non retour. Avec du tape des fois tu ne peux  juste pas, c’est moins malléable que travailler sur des ordinateurs, ce qui fait que j’avais pas envie de me perdre là dedans. Avec Emmanuel en fait je l’avais commencé seul, puis j’étais allé en 2011 en France, Emmanuel était là, je le connaissais par l’entremise de deux amis puis on est allé boire des bières, et je lui ai proposé de jouer du violon, puis finalement il a mis son grain de sel dans l’album ce qui fait qu’il a participé à la réalisation de l’album. Au début il était juste sensé jouer du violon puis finalement il jouait jamais de violon parce que ça l’emmerde un peu, tu sais, c’est un guitariste, puis ouai je pense que c’était ses premières expériences vraiment. Puis non moi je bloquais sur plein de trucs et quand il est arrivé ça a vraiment défait des nœuds et pour moi l’album serait pas encore fini  si j’avais eu à le réaliser par moi-même en fait.

 

« Le but c’est d’être voué à l’échec dans un certain truc qui rend les choses plus fragile.»

 

Votre précédent album arborait dans son ensemble des visuels aux couleurs un peu fades et claires alors qu’ici elles sont plus sombres et chatoyantes pour accompagner des textes pourtant mélancoliques et presque tristes. Est ce pour montrer la beauté de telles émotions, sentiments ?

Euh, j’avoue que le premier comme je le disais c’était vraiment quelque chose de documentaire, je laissais un peu tout au hasard. Le deuxième j’essayais d’avoir quelque chose de plus conceptuel mais sans l’être. En fait j’essayais de briser aussi ça car je trouvais que l’album avait un certain esthétisme même dans l’arrangement puis d’assez binaire aussi « voice covers, voice covers » puis après ça la chanson est terminée. La pochette de l’album le but c’était d’être encore sur la pochette mais j’ai pris un photographe qui était connu à Montréal et je lui ai dit « Je vais prendre des substances, je vais boire à outrance puis quand je passe le cap, tu me prends en photos, quand le soleil se lève » ça a été tu sais ! (rire) C’était un peu, bon,  c’est un photographe de mode mais je lui donne des contraintes de merde pour qu’il rate un peu le truc. Le but c’est d’être voué à l’échec dans un certain truc qui rend les choses plus fragile. Puis c’est un album qui parle d’émotion, je voulais pas sortir de cet album là comme si j’avais tout compris. Je voulais montrer que j’étais quelqu’un de vulnérable.

Sinon pour les clips j’avoue que cet album là, les deux premiers clips c’est John Londono (Une Version Améliorée de la Tristesse, voir plus haut), j’ai rien eu à dire. Je lui disais, « vas y fais-en un », il en a fait un. Après ça il en a sauvé un parce qu’on avait une subvention. On l’a fait avec quelqu’un avec qui finalement ça ne marchait pas puis John a été assez gentil pour bien le terminer. Mais j’ai vraiment pas été là dans le processus de ces clips là. Dans le premier album je me souviens j’avais fait le clip Tergiverse (Voir Plus Haut), y a peut être quatre ans, déjà y avait un directeur photo mode tout ça, ça m’a fait flipper. J’ai dit on garde un peu le début, on me propose d’intégrer une fille, et finalement j’ai dit non pas de fille. Après j’ai refais le truc, on est parti sur un délire, toute une nuit avec la MDMA puis on a tourné un clip avec ça tu sais. Tu vois là cet album les clips c’est sûr que j’ai laissé ça entre les mains de certains gens. Là je viens de faire Beauté Baroque (Voir Ci-dessous) puis ça a été avec le même mec que Tergiverse mais quelques années plus tard, peut être un peu moins puéril, pas de drogue non plus, on peut pas réutiliser toujours les mêmes trucs. Non j’avoue que les visuels j’y ai pas prêté trop attention. C’est sûr qu’il y a des photos de presse, j’ai bien aimé celles qui ont été prises ici en France, mais je dirais qu’à partir d’un certain moment, ça fait deux ans et demi que j’ai fait cet album là, je voulais pas que toutes les photos que je prenne soient rattachées à cet album là. je voulais que les choses soient un peu en mouvance parce que moi ça fait longtemps que je l’ai fait cet album puis là je travaille sur un autre truc.  Je suis pas dans le calcule, je ne suis vraiment pas calculateur ce qui fait que le visuel c’est plus qu’est-ce qui se passe fondamentalement dans ma tête, plus que le concept des chansons.

Vous vous décrivez comme « un dépendant affectif à la recherche de sa mère » et jusqu’à présent cette figure est largement exploitée dans le cinéma par un autre québécois, Xavier Dolan. Est-ce si important que ça la figure de la mère chez vous ?

Wouaou ! C’est bizarre parce que ça c’est vraiment une vielle phrase, je sais pas comment vous avez fait pour tomber là-dessus.

Elle est dans la description sur le « A Propos » de votre page facebook !

C’est encore là ? C’est mon premier manager ! Elle est véridique, mais j’avoue que je n’avais jamais vu ça avec l’histoire de J’ai tué ma mère (2009) tout ça. Parce que ça, ça remonte avant même que Xavier Dolan ai fait ce film. Donc c’est un vieux truc. C’est que la figure de la mère est vraiment importante pour moi, j’ai été élevé que par ma mère, c’est une relation qui,(il réfléchit), je veux dire, ma seule famille c’est ma mère alors pour moi c’est beaucoup de truc. Après, c’est sûr qu’à l’adolescence je me dis, on se rebelle et tout. Mais les femmes ont toujours été importante, j’ai toujours eu ce rapport là avec les femmes, il faut quelqu’un qui soit là avec moi puis c’est sûr que c’est une icône hyper importante.

« Pour la même raison que je fais de la musique, j’en écoute, je regarde du cinéma, parce que j’en ai besoin, parce que sinon ce serait juste la même journée du début à la fin et j’aurais pas l’idée de vivre s’il y avait pas ces choses là »

L’une de nos rédactrices habitant Montréal, elle nous a confié que vous ne passiez que très peu sur les ondes «commerciales» alors qu’ici tout semble plus simple. Comment expliquez-vous cette différence de notoriété entre la France et le Canada ?

Ah, j’ai finis par passer sur les ondes commerciales quand j’ai déménagé ici, mais c’était une coïncidence vraiment.  Puis en fait… euh ouai… Bonne question hein ! NRJ chez moi, a décidé de me joindre vers la fin, fin, fin de cet album là. Puis ici je sais pas, y a juste plus de radio peut être, ça parait plus gros ici, c’est un plus gros marché. Mais l’accueil a été différent quand même aussi, au Québec j’étais vu un peu comme euh, pour eux c’était pas accessible, pourtant moi je trouve que c’est l’album le plus pop que j’ai fait, je sais pas si je réussirais à en faire un plus pop que ça, un plus naïf, puis j’avais envie de donner aux gens comme de la mélancolie mais sans que ce soit quelque chose de trop Dark, inaccessible. Je sais pas, bon je chante en français, j’ai fait deux territoires, mais quand on chante en anglais c’est un peu la même chose, quand ça marche pas chez toi tu vas ailleurs puis y a des trucs qui se débloquent, ça t’y peux rien vraiment. Je dis pas que si j’avais écrit peut être ici que j’avais débarqué au Québec ça aurait fonctionné différemment. C’est vraiment difficile à dire j’ai honnêtement des difficultés à juger ça. C’est vrai qu’ici j’ai eu, même en presse, un plus gros accueille que chez moi. Mais c’est aussi difficile à jauger parce que chez moi y a presque rien comparé à ici, c’est dix fois plus grand, c’est compliqué. Mais non l’accueille a été bon ce qui m’a encouragé, je vais faire le troisième album sous peu puis on verra. De toutes façons je vais être fiere d’aller au Québec, faire ma petite tournée tout ça puis ici c’est tellement un plus grand territoire que je peux passer plus de temps ici puis aller au Québec, revenir. Mais NRJ m’a ouvert juste à la fin et je pensais pas que ce soit quelque chose qui allait arriver non plus, je pensais pas qu’une radio commerciale allait me jouer puis quand je suis arrivé ici finalement on a eu RTL2, Virgin, RFM… ça a été. Je pensais pas avoir quatre radios comme ça avec cet album là en tous cas.  

Quelles sont vos influences artistiques ?

 Euh… La vie est une influence j’imagine sinon, tout ce que je consomme en terme de cinéma, de musique et de littérature. Mais c’est rare que j’ai envie de faire un hommage ou autre… j’essaie pas systématiquement, ça s’imbrique dans mes trucs, ça finit par forger qui je suis mais je n’essaie pas de faire trop de références à ça. Pour la même raison que je fais de la musique, j’en écoute, je regarde du cinéma, parce que j’en ai besoin, parce que sinon ce serait juste la même journée du début à la fin et j’aurais pas l’idée de vivre s’il y avait pas ces choses là je pense.

 

@Nancy Jazz Pulsation
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